Salomon Ring of Steall

Salomon Ring of Steall Skyrace. Les larmes de Glen Coe.

Texte : Arête du Diable.

C  

ela fait des nombreuses années que mes larmes ne cessent de couler.

Ceux qui observent l’eau se déplacer le long de mes flancs croient que ce n’est que la pluie constante de ce coin de la planète. Mais ceux qui la boivent, constatent qu’elle a un goût salé. Les innombrables cascades qui couvrent mon visage ne sont que les larmes de douleur à cause des grands massacres que j’ai pu contempler à Glen Coe au fil des années.

Mais aujourd’hui, tout est différent. Mes larmes ne coulent plus à cause de la tristesse ou de la nostalgie. Des centaines de coureurs venus de tous les coins de la planète me regardent fascinés. Ils ne perçoivent pas le côté dramatique de mon territoire, ils ne voient pas que le soleil ne surgit que très rarement entre les nuages, ils ne détournent pas le regard face à l’obscurité des fleuves, ils n’ont pas peur de l’image sinistre des rares arbres qui peuplent mes terres. Pour eux, Glen Coe est un endroit magique. Ils ne sont pas habitués à la magnitude de ce qu’ils ont devant les yeux, ni à mes collines escarpées. Leurs regards sont pleins de joie. Ils se sentent privilégiés d’être avec moi. Et cela, me rend heureux. Aujourd’hui, je pleure de joie.

Dans quelques minutes commencera la Ring of Steall Skyrace. J’ai entendu dire que cette année il s’agit de l’épreuve finale des Golden Trail Series et du Championnat du monde de skyrunning. Je croyais que personne ne pensait à moi et cependant, les regards de tous les passionnés de ce sport se tournent vers mes flancs, mes arêtes et mes sommets. Je n’ai aucun doute : je ferais de mon mieux. Je compte créer un spectacle de nuages et de brouillard qu’ils n’oublieront jamais. Je ne peux pas éviter la pluie et le vent, mais je ferais que ceux-ci caressent leurs visages en douceur. Je ne peux pas non plus faire sécher la boue. Mais au fond, je sais qu’ils aiment sentir leurs pieds s’enfoncer jusqu’aux genoux. Je ne vais pas changer mon essence. C’est bien l’Écosse. Ce sont les Highlands.

C’est Glen Coe.

 

 

Salomon RIng of Steall

 

KILIAN JORNET 

Le brouillard couvre le sommet de Sgurr a’ Mhaim (1.099m). Kilian traverse la zone connue sous le nom de Devil’s Ridge. Il est à la tête de la course avec Nadir Maguet. Dans la mémoire, le pas ferme et décidé de ces deux coureurs quelques instants avant de s’élancer dans une descente frénétique vers Glen Nevis. Dans leurs visages, la concentration nécessaire pour y parvenir.

 

SHEILA AVILÉS 

L’arrivée de Sheila ne pose aucun doute. Elle est restée à un peu plus de deux minutes du podium, mais elle est satisfaite. Ses jambes gardent une nouvelle cicatrice comme souvenir. Le souvenir d’une grande bataille livrée dans un environnement qui devient parfois dramatique.

 

STIAN ANGERMUND-VIK

Avec son sourire sempiternel, Stian a poursuivi Kilian et Nadir pendant pratiquement toute l’épreuve. Il n’a pas réussi à les rattraper, mais ceci ne semble pas le déranger lorsqu’il traverse la ligne d’arrivée en faisant une pirouette qui nous rappelle que ce sport est, et sera, toujours différent.

 

VICTORIA WILKINSON

Victoria court d’une manière très esthétique. L’environnement met en relief une enjambée qui ne semble pas changer même lorsqu’elle traverse des terrains véritablement techniques. Elle est heureuse quand elle court et cela s’apprécie sur son visage lorsqu’elle défend, avec un grand effort, une deuxième position qu’elle n’oubliera jamais.

 

MARC LAUENSTEIN

Le visage de Marc ne permet pas de lire les pensées qui circulent dans son esprit. Il semble courir d’une manière détendue, comme d’habitude, comme s’il ne faisait pas partie de la grande bataille qui est en train de se livrer. Marc est l’un des grands de ce sport. Et ce sera ainsi tant qu’il le veule.

 

LAURA ORGUÉ

À la ligne d’arrivée, Laura serre ses rivaux dans les bras. Elle le fait toujours, et aujourd’hui aussi, dans cette course qui l’a obligée à repousser ses limites. Peut-être elle n’est pas complètement satisfaite. Ou peut-être oui. Il n’y a qu’elle qui le sait.

 

PASCAL EGLI

Au sommet de Sgurr a’ Mhaim, le visage de Pascal est tendu. L’environnement est froid et le brouillard ne lui permet pas de voir qu’il est très près des premiers. Malgré tout, il se permet de sourire aux personnes qui ont parcouru les 1000 mètres de dénivelé pour voir passer ceux qu’ils admirent.

 

RÉMI BONNET

La boue couvre la dernière descente avant d’arriver aux rues de la ville de Kinlochleven. Rémi est fatigué, mais il sait qu’il domine ce type de terrain. Il serre les dents, cache son sourire et essaye de s’exiger un peu plus. Comme d’habitude.

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